Festival de marseille
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Édito

Un voyage hors de soi

 

 

Le Festival de Marseille continue en 2016 de s’édifier sur les fondements solides de ses vingt premières années tout en se lançant dans de nouvelles directions. Cette édition est un voyage traversant de nombreux univers. Celui de la danse d’abord. Grâce aux différents corps et aux différentes esthétiques, c’est une image très riche de la danse contemporaine qui se déploie. Bien au-delà de la chorégraphie et du style. Tous ces artistes ont à cœur de s’impliquer dans la ville et dans le monde. Dans FLEXN, Peter Sellars et Regg Roc nous livrent une image inquiétante, mais pleine d’espoir aussi, de la vie de jeunes Noirs américains à Brooklyn. Radhouane El Meddeb montre dans Heroes comment de nouvelles danses émergent dans le creuset culturel de Paris. Lemi Ponifasio puise dans les traditions maories du Pacifique et, dans ce sillage, Stones In Her Mouth chante la force de la femme dans une société en mouvement. Kinshasa Electric de Ula Sickle et son équipe nous emmène dans un night-club de Kinshasa, Paris ou Rio de Janeiro : les danses urbaines jettent des passerelles par-delà les continents. Dans Gala, Jérôme Bel fait danser Marseille, avec des performeurs locaux qui n’ont pas de passé commun et qui, pourtant, construisent un spectacle ensemble.

 

Ces danses offrent beauté, poésie et vision, oui. Mais elles communiquent, relient et transforment aussi, dans un monde où les mots manquent ou divisent de plus en plus. Elles nous donnent la chance de rencontrer des gens, des villes et des univers avec lesquels nous pensions absolument ne rien avoir en commun. Et c’est sans aucun doute là que réside la pertinence politique des arts de la scène : dans la création d’espaces nécessaires inattendus mais partagés. C’est aussi exactement ce que fait Tania El Khoury avec son installation sonore Gardens Speak : elle nous invite dans un jardin où l’on peut partager un moment de deuil et de réflexion avec les victimes de la guerre en Syrie.

 

Achille Mbembe, philosophe camerounais, le formule comme suit :

« Comment allons-nous repenser la pratique artistique en tant que voyage ? Un voyage qui nous expose, mais pas comme Facebook. Un voyage où nous montrons au monde notre vulnérabilité et où nous courons le risque d’être bousculés.

Pas comme un but en soi, mais comme une condition de la rencontre avec l’inattendu et avec des gens avec lesquels nous pensions ne rien avoir en commun. Si l’art ne s’engage pas dans cette voie, il sera inutile pour la majeure partie de l’humanité. »

 

Le Festival de Marseille affiche en 2016 un caractère multidisciplinaire marqué. Le « métissage » est plus que jamais la réalité de nos arts et de nos villes. Taoufiq Izeddiou aborde à Marrakech des questions cruciales, tout aussi cruciales pour les Européens, Brett Bailey, depuis l’Afrique du Sud, adapte le Macbeth de Verdi, Alain Platel croise l’Europe et l’Afrique dans Coup Fatal, le compositeur Fabrizio Cassol mêle langages musicaux et traditions orchestrales, tandis que les danseurs de Badke ou les fascinantes Lisbeth Gruwez, Eszter Salamon et Mélanie Lomoff louvoient entre tradition et avant-garde, danse classique et danse contemporaine, art et politique. Tous ont un atout commun, le « mélange ». Macbeth est-il un opéra ou du théâtre musical ? Coup Fatal une soirée de musique baroque européenne ou un concert pop congolais ? Marlene Monteiro Freitas, une artiste du Nord ou du Sud ? À vous de choisir.

 

Un voyage ne se fait jamais seul. Cette édition se profile clairement comme la découverte d’une famille artistique dont beaucoup de membres viennent pour la première fois à Marseille. Tous se réjouissent de rencontrer la capitale méditerranéenne et ses publics.

Cette édition existe aussi grâce à des collaborations nombreuses et généreuses, tout d’abord à Marseille même. La Criée, KLAP, Le Merlan, le Ballet National de Marseille, le Mucem, la Friche la Belle de Mai, l’Alhambra, le Silo, le Théâtre Silvain, le Théâtre Joliette-Minoterie : nous espérons pouvoir continuer de bâtir avec eux et beaucoup d’autres un avenir culturel commun pour Marseille et ses publics. Mais l’horizon du Festival de Marseille s’étend plus loin : sans le Festival d’Aix-en-Provence, le Centquatre à Paris, Julidans à Amsterdam, les ballets C de la B, le Kunstenfestivaldesarts et le KVS à Bruxelles, le Festival de Naples et l’Armory Hall à New York, cette programmation n’aurait jamais vu le jour. Last but not least : merci à toute l’équipe du Festival. Tout particulièrement à Apolline Quintrand : sa confiance a été sans limites, mon respect aussi.

 

Enfin, nous espérons vous croiser du 24 juin au 19 juillet dans les divers lieux du Festival, mais aussi au QG du Festival, qui s’établit cette année au Théâtre Joliette-Minoterie. Lors de cette édition 2016, le Festival doit être un espace réellement partagé : par les artistes, les publics, les équipes, les professionnels, les journalistes et tous ceux qui ont envie de venir faire la fête pendant les longues nuits d’été méditerranéennes.

 

Bienvenue à tous !



JAN GOOSSENS
Directeur artistique du Festival de Marseille