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Questions à Bruno Beltrão

Bruno Beltrão en conversation avec la dramaturge de Kampnagel Melanie Zimmermann.

Melanie Zimmermann : Votre spectacle s'intitule désormais INOAH, qu'est-ce que cela dit de votre travail ?

Bruno Beltrão : C'est le nom de la ville dans laquelle nous avons trouvé un studio suffisamment grand et abordable financièrement. Ce titre est aussi abstrait que le titre de mes précédents travaux scéniques, tels que H2 ou H3. De fait, le titre ne dit rien de particulier sur le spectacle. Tout au plus, il exprime une émotion vis-à-vis de ce lieu que nous voulons montrer sur scène.

MZ : Le titre est-il une expression d'un sentiment d'appartenance ?

BB : Pas forcément, c'est plutôt notre façon d'exprimer un "extérieur". Dans notre travail de recherche, nous nous sommes particulièrement intéressés au thème des rapports – être en rapport avec l'autre et le monde. Mes anciens travaux n'engageaient pas activement de dialogue avec le monde extérieur et ne traitaient pas forcément de sujets particuliers. INOAH ne diffère pas fondamentalement, mais étant donné le contexte de bouleversement politique au Brésil, j'ai voulu questionner la façon dont on communique et dialogue avec autrui. Le Hip hop et la Danse Urbaine sont de magnifiques outils pour cela : la façon dont on s'encourage, dont on repousse l'autre, dont on construit la rencontre. Comme un symbole de formes de mouvement. Quand j'ai rencontré William Forsythe il y a quelques années, il a pris mon bras et l'a mis sur le sien en disant : "Lâche, laisse aller vraiment". C'est le début de sa célèbre chorégraphie "N.N.N.N.", c'est la première scène. La façon dont on se touche, dont on se rapproche les uns des autres et dont on se sépare – voilà ce dont il s'agissait dans la recherche de mouvement. À cette époque, c'était dur de compter les uns sur les autres, d'être réellement en contact avec les autres.

 

MZ : Quelle situation politique visez-vous ?

BB : La situation politique au Brésil est très compliquée en ce moment. En même temps, c'est très prometteur : je veux parler du scandale de corruption qui tient tout le pays en haleine. Environ 100 personnalités politiques et membres du gouvernement font actuellement l'objet d'enquêtes pour corruption – certains ont déjà été arrêtés. Même le président est impliqué. Nous n'avons jamais rien connu d'aussi absurde. Comment pouvons-nous montrer ça sur scène ? Je reste fidèle au linguiste et spécialiste de littérature Andrew Hewitt, qui affirme que nous sommes en permanence connectés à notre entourage et influencés par ses événements et idéologies. En ce sens, nous mettons en scène la situation politique avec laquelle nous résonnons continuellement.